Sondage 2022 – COVID-19: Les Québécois poursuivent leur élan de générosité, mais certaines causes sont délaissées

Sondage 2022 – COVID-19: Les Québécois poursuivent leur élan de générosité, mais certaines causes sont délaissées

1 mars 2022

Note : Sondage sur le second semestre 2022, pour comparatif  avec notre sondage second semestre 2021.

La vague de générosité qui s’est levée dès 2020 (sondage #1) et s’est confirmée en 2021 (sondage #2), ne retombe pas. Le nombre de donateurs et les montants des dons effectués restent élevés après presque 2 ans de pandémie. Ce sont, en effet, plus de 3 Québécois sur 4 (79%) qui ont fait un don (quelle que soit la forme) à une cause sociale, communautaire ou humanitaire au second semestre 2021. Pour rappel, ils étaient environ 1 sur 2 lors de nos sondages d’avant la pandémie.

Ainsi, la succession des variants et des restrictions a  visiblement gardé les Québécois dans la conscience de nos vulnérabilités sociales et dans la volonté de contribuer. Les résultats records de 2020 et 2021 des grandes campagnes annuelles confirment cet élan solidaire.

Consultez l’affiche des faits saillants

(Cliquez sur les images dans le billet pour les agrandir)

Cette montée soudaine de la générosité des Québécois pouvait d’abord apparaître comme une réaction émotive, que l’on constate généralement face aux grandes catastrophes (afflux soudain de dons, qui s’épuise rapidement). Mais, ce troisième coup de sonde consécutif semble montrer que le phénomène s’installe dans la durée. Et les intentions de dons exprimées ne semblent pas montrer un essoufflement pour 2022.

C’est évidemment une excellente nouvelle pour les organismes de bienfaisance. Mais, rappelons que ceux-ci doivent répondre à des vulnérabilités sociales toujours accrues, avec des moyens très limités.

Cela pose également plusieurs questions importantes à notre écosystème de la bonté, comme: Les Québécois ont-ils vraiment durablement changé leur culture du don? Comment s’assurer que la vague ne retombe pas une fois la phase pandémique derrière nous?

Dons : le nombre donateurs reste élevé

Par types de dons

Au second semestre 2021, 79% des répondants ont fait un don (quelle que soit la forme) à une cause sociale, communautaire ou humanitaire. C’est un chiffre similaire à celui du notre sondage de janvier 2021 (76%), mais qui confirme une tendance à l’augmentation amorcée depuis 2020.

C’est légèrement en-dessous des intentions de dons exprimées en 2021 (86%).

Les dons en biens matériels (52%) et les dons en argent (50%) demeurent les formes de don les plus populaires. Les répondants appartenant à certains sous-groupes ont davantage donné, et ce de différentes façons.

Don de biens matériels :

Les ménages avec enfants (63%), les foyers aux revenus de 100k $ et plus (60%), les  femmes (60%, contre 44% des hommes) sont les catégories qui ont le plus fait ce type de dons.

Don d’argent :

Le don d’argent est en légère baisse (50% contre 54% en 2021), mais demeure assez similaire. Ainsi, les difficultés économiques et l’inflation ne semblent pas avoir eu d’impact trop négatif sur ce type de don.

Ceux qui ont le plus souvent donné de l’argent : les 55 ans et plus (57%) et les revenus de 100k$ et plus (58%).

Le don d’argent moyen se situe à 213 $.

C’est la seconde hausse consécutive : +10$ depuis 2021, +24$ depuis 2020.

(189$ en juin 2020, 203$ en janv. 2021)

Don de denrées alimentaires :

Le don de denrées alimentaires se maintient au même niveau (31%) malgré l’inflation des produits d’épicerie.

Les ménages avec enfants (40%) sont les premiers donateurs de denrées alimentaires.

Don de temps :

Le don de temps reste très similaire à 2021 avec 16% et demeure relativement bas comparé à 2020. Plusieurs donateurs de temps habituels semblent ne pas avoir repris leur bénévolat. Il faut rappeler que les évènements sportifs et culturels ont presque tous été annulés. Et que les campagnes de fin d’année, qui mobilisent beaucoup de bénévoles, ont été réduites pour causes d’Omicron. Pensons par exemple à l’Opération Nez Rouge qui a dû cesser à peine commencée. Ce sont autant de dons de temps qui ont été « empêchés » à ce second semestre 2021.

Modes de dons : les dons en ligne en baisse

Bien que l’on constate un recul de six points de pourcentage de ce mode de don, Internet demeure le moyen le plus utilisé pour faire un don en argent (41%).

Il est suivi par la sollicitation d’un bénévole qui remonte à 28% (contre 24% en 2021).

Un coup d’œil des dons en ligne par catégories d’âges montre que la répartition est relativement homogène. En revanche, la répartition régionale montre un écart important entre les grandes villes (Montréal et Québec : environ 1 don sur 2) et les régions ( 1 don sur 3) où le don en ligne n’est pas la manière la plus fréquente de donner (c’est la sollicitation par un bénévole). Si la culture philanthropique régionale et urbaines se vivent différemment, il y a malgré tout lieu de se demander si, en ce qui concerne le don d’argent, la fracture numérique au Québec n’est pas plutôt géographique que générationnelle.

Les chiffres montrent également deux faits notables pour les organisations qui collectent des dons :

  • La sollicitation par un bénévole reste très efficace, notamment auprès des 18-34 ans;
  • Le courrier postal reste un très bon moyen de solliciter les 55 ans en +.

Proportion des dons effectués durant les Fêtes

81% des donateurs ont fait au moins une forme de don à l’approche ou pendant les Fêtes, soit une proportion similaire à celle de janvier 2021 d’un point de vue statistique.

Ramenée sur tous les répondants, cette proportion se chiffre à 64% : plus de six Québécois sur dix auraient fait un ou plusieurs dons à l’approche ou durant les Fêtes.

Notons que parmi ceux qui ont fait un don de denrées alimentaires, presque les trois quarts ont fait tous ou plus de la moitié de leurs dons pendant les Fêtes.

Ces résultats nous indiquent plusieurs points intéressants. D’abord, malgré les craintes légitimes de plusieurs organismes, l’inflation notable et générale n’a pas eu trop d’impact négatif sur les dons de fin d’année.

Ensuite, les valeurs de partage et de solidarité associées aux Fêtes incitent traditionnellement à la générosité. Mais, les chiffres démontrent aussi l’efficacité des campagnes de fin d’année, malgré les restrictions. Efficacement sollicités, les Québécois n’hésitent pas à être généreux.

Enfin, la conscience du besoin est le 1er déclencheur du don (sondage 2019). Or, la fin d’année a vu un bon nombre d’articles relatant les vulnérabilités sociales et les difficultés des organismes (inflation, banques alimentaires). On peut supposer que cette mise en lumière des difficultés a inciter plusieurs à donner.

Si cette générosité du temps des Fêtes peut donner à se réjouir, il nous semble cependant important de rappeler que notre écosystème de la bonté agit au long de l’année et a besoin d’un soutien régulier.

Causes privilégiées par les donateurs

Note : plusieurs causes ayant été ajoutées pour élargir le portrait, la comparaison avec les sondages précédents a ses limites.

L’aide aux personnes démunies demeure la cause recevant le plus de dons.

Bien que cette dernière soit la priorité́ de tous, les autres causes privilégiées des donateurs québécois dépendent notamment de leur âge et de leur région.

On peut noter, comme lors de notre dernier sondage qui semble mettre en avant certains paradoxes: les causes des personnes âgées ou de l’environnement ne semblent pas attirer plus de dons, malgré la mise en lumière de ces enjeux comme sociétalement prioritaires. Nous tenterons plus loin quelques explications à ces tensions apparentes.

Annulations et reports

Parmi les Québécois qui ont fait des dons en argent, les deux tiers mentionnent que la valeur de leur don n’a pas été influencée par l’annulation ou le report des événements-bénéfices et qu’ils ont ainsi donné autant d’argent qu’en temps normal.

Ils sont ainsi moins nombreux (12%) à avoir donné plus d’argent pour compenser les annulations ou reports (Janvier 2021 : 22%).

18 mois après le choc du confinement strict de mars 2020, les organisations ont su s’adapter et innover en inventant de nouvelles formules. Les annulations et reports ont donc été moins nombreux ou ont eu un impact moins important. La conscience du besoin de compenser a été moins forte chez les donateurs.

Intentions de dons pour 2022 : pas d’essoufflement en vue

À l’heure actuelle, 82% des Québécois ont l’intention de faire au moins un don en 2022 et toutes les formes de dons devraient en bénéficier.

La baisse en termes d’intention de don en comparaison avec l’année dernière (Janvier 2021 : 86%) n’est pas statistiquement significative, mais reste à surveiller. S’il se réalisait, le chiffre de 82% demeurerait un nombre de donateurs élevé.

Les dons de biens matériels (61%) continueront d’être la forme de don la plus populaire, même si leur proportion est plus faible en comparaison avec l’année dernière (Janvier 2021 : 68%).

Valeur des dons monétaires

En 2022, le don monétaire moyen par personne devrait se chiffrer à 246 $. S’il se confirmait, cela représenterait une hausse très significative par rapport à 2021 (+39$). Et encore plus en comparaison d’avant la pandémie.

Causes privilégiées pour 2022

L’aide aux personnes démunies, l’enfance et l’éducation et la recherche médicale demeureront les causes les plus populaires auprès des Québécois en matière de dons pour 2022.

57% de ceux ayant l’intention de faire un don en 2022 comptent le faire pour aider les personnes démunies, alors qu’ils étaient un peu moins de la moitié (49%) à opter pour cette cause pour leurs dons depuis juin 2021.

Avenir la philanthropie

Rôle joué par les acteurs durant la pandémie

En contexte de pandémie, 80% de ceux s’étant prononcés sur la question sont d’avis que le gouvernement a joué un rôle important pour assurer que le Québec soit plus juste et équitable. Ceci correspond à une baisse de cinq points de pourcentage depuis un an.

Bien qu’ils demeurent une majorité à croire que les organismes philanthropiques jouent un rôle important dans cette lutte, la proportion de Québécois jugeant leur rôle comme très important est en baisse (36%, contre 44% en janvier 2021). Importance des investissements en justice et équité dans un contexte de relance

84% des Québécois sont d’avis que les investissements en justice et en équité sociale seront importants dans la relance d’après pandémie. Ce résultat est un peu plus faible que celui de janvier 2021 (88%).

Rôle joué par les acteurs pour l’avenir

Parmi les Québécois qui croient que les investissements en justice et en équité sont importants pour l’avenir, plus des deux tiers pensent que le gouvernement doit jouer un rôle très important.

Les résultats pour chacun des acteurs sont similaires à ceux de la mesure de janvier 2021. Ils sont d’ailleurs logiques dans la mesure où les gouvernements sont responsables de la répartition des richesses.

Causes prioritaires pour l’avenir

Dans un contexte de relance, où l’accentuation des pressions et des vulnérabilités sociales, nous avons souhaité sonder les Québécois sur les causes qui leur paraissent prioritaires. Nous désirions notamment essayer de jeter un éclairage sur les paradoxes évoqués plus haut.

L’aide aux personnes démunies (49%), l’enfance et l’éducation (45%), et les personnes âgées (41%) sont les causes considérées comme des priorités par le plus grand nombre de Québécois.  Si les deux premières causes en ordre de priorité sont similaires aux causes soutenues par les donateurs, on remarque tout de suite que la cause des personnes âgées est bien située plus haut que dans le classement des dons. C’est également le cas de la protection de l’environnement.

Ainsi, la question se pose logiquement : pourquoi des causes sont-elles jugées prioritaires pour l’avenir, mais n’attirent pas le plus de dons?

Les principaux responsables de chacune des causes : des pistes d’explications de certains paradoxes

Un regard sur la question des responsabilités à soutenir les causes, peut nous donner quelques pistes d’explications.

Le gouvernement est perçu comme le principal responsable du soutien de l’ensemble des causes philanthropiques évaluées dans le cadre du sondage, hormis pour la défense des droits des animaux.

Mais, le graphique des responsabilités identifiées pour chaque cause montre un rapport direct et inversement proportionnel entre responsabilité du gouvernement et responsabilité de la société civile. Et particulièrement en ce qui concerne les organisations philanthropiques.

En reliant ce graphique avec les causes pour lesquelles les Québécois ont donné ou veulent donner,  il semble apparaître un certain rapport entre responsabilités identifiées et niveau des dons qui peut expliquer les paradoxes identifiés entre haute priorité pour l’avenir et faiblesse relative des dons.

Par exemple, la cause des personnes âgées : troisième cause jugée prioritaire pour l’avenir, n’attirera que 14% des intentions de dons pour 2022. Le graphique des responsabilités montre clairement que cette cause est identifiée comme relevant du gouvernement (87%). Inversement, c’est 1% pour les organisations philanthropiques.

L’aide aux personnes démunies, qui attire traditionnellement le plus grand nombre de dons et qui est la cause prioritaire pour les Québécois, est celle pour laquelle les responsabilités apparaissent comme partagées. On note que 25% des répondants ont identifié les organisations philanthropiques (45% pour le gouvernement).

En comparant les causes défense des animaux et protection de l’environnement, on voit également que la première attire plus de dons que la seconde. On constate que les organisations philanthropiques portent une grande responsabilité (25%) dans la première, alors que la protection de l’environnement apparaît comme plus « systémique » et globale et relève donc plus du gouvernement.

Il demeure cependant un paradoxe : la cause LGBTQ+ est celle pour laquelle les organisations philanthropiques apparaissent comme principales responsables, mais n’attire que très peu de dons.

Les chiffres semblent montrer également que les organisations philanthropiques sont plus associées à des causes qui demandent du soutien direct : elles restent visiblement associées à l’idée d’aide aux exclus et démunis (philanthropie réparatrice), tellement important. Pourtant, l’évolution des pratiques et des stratégies des acteurs montre que le secteur philanthropique se veut également transformateur. L’idée qu’il est également un agent de changement ne semble pas encore percoler complètement… C’est certainement un axe de réflexion et de communication pour notre écosystème de la bonté dans son ensemble.

 

Consulter le sondage complet.

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