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Blogue

Philanthropie et philanthropes… On parle de quoi, on parle de qui?

23 avril 2026

Billet Carrefour

Le billet du carrefour : une série de réflexions et d’observations de Donald Gingras, au croisement des savoirs et des acteurs du secteur, enrichies par des contributions invitées, pour approfondir la compréhension et l’évolution de la culture philanthropique.

Donald Gingras, conseiller à la mobilisation et au contenu, Institut Mallet


Démystifier pour mieux comprendre

Quand je suis arrivé à l’Institut Mallet, une des premières questions que je me suis posée a été toute simple :

Comment on explique, concrètement, la philanthropie?

Pas dans un colloque.

Pas dans un rapport.

Mais dans une discussion normale, autour d’un verre.

Et je me suis rapidement retrouvé confronté à une réalité assez frappante.

Quand je me retrouvais à l’extérieur d’initié.e.s du secteur et que j’expliquais mon rôle… et même ce qu’est l’Institut… On me regardait parfois avec un certain flou. (On m’a même déjà demandé si ce n’était pas… une affaire de collection de timbres 😊).

Une perception bien ancrée

Très vite, j’ai compris quelque chose. Pour une grande partie des gens, la philanthropie, c’est :

… de l’argent

… de la collecte de fonds

… et surtout… des personnes bien nantis qui redonnent une partie de leur fortune

Une image forte.

Persistante.

Et profondément ancrée dans l’imaginaire collectif.

Les travaux et les sondages menés par l’Institut Mallet le confirment :

la philanthropie est encore largement perçue comme un concept flou qui semble réservé aux plus nantis.

Chercher à comprendre… et à expliquer

Je savais qu’à l’Institut on mettait de l’avant la culture philanthropique entre autres via les différentes formes de dons : argent, biens, temps et expertise. Je me suis accroché à cet aspect pour me lancer un défi :

Démystifier la philanthropie… et surtout, la rendre plus accessible.

En fouillant un peu, on trouve plusieurs définitions intéressantes.Par exemple :

  • Selon PhiLab, la philanthropie est un engagement volontaire de ressources pour le bien-être collectif.
  • Pour Imagine Canada, c’est une manière de contribuer au bien commun, en mobilisant différentes ressources : argent, temps, expertise, réseaux.
  • Et à l’Institut Mallet, on parle de gestes volontaires posés pour le bien des autres et le bien commun.

Des définitions pertinentes. Complètes.

Mais qui restent… somme toute théoriques.

Revenir à l’essentiel

C’est dans une discussion avec mon collègue Christophe (véritable mémoire vivante de l’Institut) que quelque chose a vraiment cliqué.

Il m’a simplement ramené à l’étymologie du mot :

Philanthropie : amour de l’humain.

À partir de ça… me semble que tout devient plus simple.

Qu’à partir de ça, la philanthropie n’est plus seulement une question d’argent.

Aimer ça ne peut pas être juste de l’argent 😊

C’est d’abord une attitude. Ça devient une culture en soi (une façon d’être et de faire).

Aimer les humains.

Vouloir leur bien.

Contribuer au bien commun.

Et cette attitude peut prendre mille formes.

Oui, l’argent en fait partie… et il est essentiel, mais ce n’est qu’une partie de l’équation.

La philanthropie, ça peut aussi être, par exemple :

  • être coach sportif,
  • collecter des fonds,
  • donner à la caisse du supermarché
  • être bénévole dans un festival
  • donner des vêtements usagés ou du matériel informatique
  • Offrir ses compétences à un organisme communautaire

De ces manières, la philanthropie est beaucoup plus proche de tout le monde.

Beaucoup plus accessible, encore plus humaine.

Une démarche personnelle… dans un système collectif

Au fond, plus j’avance, plus je vois la philanthropie comme une démarche profondément personnelle.

Un choix individuel, d’abord.

Un choix qui part de nos convictions.

De nos influences passées et actuelles.

De nos valeurs, de notre vision du monde.

De notre disponibilité du moment.

Et des ressources que l’on a… ou que l’on choisit d’offrir.

La philanthropie est accessible à chacun.

Mais ce qui devient encore plus intéressant, c’est ce qui se passe ensuite.

Parce que ces gestes, aussi individuels soient-ils, ne restent pas isolés.

Grâce aux organisations communautaires, sociales, culturelles… grâce aux fondations petites et grandes, à une armée de professionnel.le.s du secteur, ces engagements se rencontrent.

Ils s’influencent. Ils s’additionnent. Et ils créent quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. »  Et là, on change d’échelle.  On passe de gestes individuels à une dynamique collective.

Un tissu social qui se construit.

Un tissu qui permet, bien sûr, de soulager des situations de vulnérabilité.

Mais aussi de contribuer à transformer les choses.

Transformer des réalités.

Transformer des milieux.

Transformer notre façon de vivre ensemble.

Pour aller vers une société

un peu plus équitable,

un peu plus inclusive,

un peu plus solidaire.

Finalement, c’est peut-être ça, la véritable portée de la philanthropie :

Une série de choix personnels, qui, mis ensemble, deviennent une force de transformation collective. Une véritable culture.

Les visages de la philanthropie

Pour aller plus loin. Pour mieux illustrer la philanthropie, j’ai le goût de le faire en vous présentant des ami.e.s philanthropes.

Parce que derrière chaque geste philanthropique, il y a une personne.

Un choix. Une intention. Et quand on prend le temps de regarder de plus près… on réalise que les philanthropes ne ressemblent pas toujours à l’image qu’on se fait.

Ils sont partout.

Ils sont différents.

Et surtout… ils contribuent chacun à leur manière.

Voici neuf courts portraits d’ami.e.s personnel.le.s qui représentent bien les différentes formes de dons de la philanthropie. Je suis persuadé que vous saurez à partir de ces petites histoires, faire vous aussi le portrait de vos ami.e.s philanthropes.

C’est David.

Un entrepreneur de Saint-Hilaire.

Pendant longtemps, il contribuait comme plusieurs :

des dons, des commandites, une présence à des événements.

Mais à un moment donné, il s’est posé une question simple :

est-ce qu’on peut aller plus loin?

Alors il a décidé d’impliquer son équipe.

Il a créé un comité philanthropique au cœur de son entreprise. « Le Phil».

Il a ouvert des espaces de discussion.

Il a permis à ses employés de choisir, de proposer, de s’engager.

Aujourd’hui, la philanthropie ne passe plus seulement par lui.

Elle se vit à travers toute l’organisation.

David ne fait pas que donner.

Il fait vivre l’engagement.

C’est Linda.

Elle bénéficie des services d’un centre communautaire.

Elle vit dans la précarité.

Mais elle est de toutes les corvées.

Elle est là pour préparer.

Pour installer.

Pour aider.

Pour accueillir.

Elle coche présente à toutes les occasions

C’est sa façon à elle de redonner.

Linda nous rappelle une chose essentielle :

la philanthropie n’est pas une question de richesse.

C’est une question de dignité… et de volonté.

C’est Denis.

Directeur des loisirs retraité de la Ville de Québec

Aujourd’hui encore, il met ses compétences bénévolement au service du sport amateur et de projets d’envergure.

Il ne cherche pas à être visible. Mais son impact est réel.

Il a contribué à créer des environnements sécuritaires pour les jeunes athlètes par la mise sur pied de l’organisme Sport’Aide

Il a été au cœur de la création d’un centre de glace pour le patin de vitesse longue piste à Québec.

Et encore aujourd’hui, il s’implique d’une façon extraordinaire comme président du comité organisateur des prochains Jeux du Canada en 2027.

Denis ne cherche pas la visibilité.

Il cherche l’impact.

C’est Micheline.

Bénévole dans une popote roulante à Villeray.

Trois jours semaine, elle livre des repas.

Mais surtout… elle crée du lien.

Ancienne travailleuse du communautaire, elle connaît les réalités humaines derrière chaque porte.

Elle appelle les bénéficiaires pour leur choix de repas.

Elle prend le temps de jaser et de vérifier si tout va bien.

Micheline ne donne pas seulement du temps.

Elle donne de l’attention.

De l’expérience.

De l’humanité.

C’est Marc

PDG d’une multinationale en Beauce

À travers son rôle de dirigeant, il soutient une multitude de causes, autant dans de grandes campagnes nationales que dans des initiatives plus locales en Beauce.

Mais son influence ne s’arrête pas là.

Par l’École d’entrepreneurship qu’il a créée, il agit comme un véritable vecteur d’engagement.

Il ne parle pas seulement de réussite économique. Il parle de contribution.

Il encourage les entrepreneurs à s’impliquer dans leur communauté. À redonner.

À porter des projets qui ont du sens.

Dans chaque cohorte, une initiative communautaire est mise sur pied.

Des projets concrets, portés par des entrepreneurs qui expérimentent eux-mêmes ce que veut dire contribuer.

Marc ne fait pas que donner.

Il influence.

Il inspire.

Il multiplie l’impact à travers les autres.

C’est Pierre.

Un retraité habile avec tous les outils de construction.

Chaque année, il donne jusqu’à 800 heures de son temps pour réaliser des travaux dans un organisme communautaire.

Il agrandit, répare, améliore.

Mais surtout… il rassure.

Il apporte des solutions à une direction qui n’a pas nécessairement les compétences techniques.

Pierre donne bien plus que des heures.

Il apporte de la confiance.

C’est Anne-Marie.

Étudiante en soins infirmiers.

Pendant trois ans, tous les dimanches soir, elle s’engage.

Elle accompagne Gilles Kègle, l’infirmier de la rue.

Elle va à la rencontre de personnes âgées, souvent isolées.

Elle donne des soins, oui.

Mais surtout… elle est là.

Présente.

À l’écoute.

Anne-Marie ne fait pas seulement du bénévolat.

Elle incarne déjà, le type de professionnelle qu’elle souhaite devenir.

C’est Louis-André.

Directeur sénior à la retraite d’une multinationale

Un jour, il rencontre un dirigeant d’un organisme communautaire.

Il tombe en amour avec la mission.

Et il décide de s’impliquer. Pas à moitié.

Il mobilise son réseau d’affaires. Son réseau personnel.

Il contribue à bâtir une chaîne de soutien durable, sur plusieurs années.

Louis-André ne donne pas seulement des ressources.

Il crée des leviers.

Il connecte des mondes.

C’est Lise.

Une retraitée du milieu scolaire.

Elle observe les besoins dans les écoles.

Le manque de ressources. La pression sur les équipes.

Alors elle agit. Elle met sur pied les Aidants scolaires.

Un mouvement qui mobilise des bénévoles pour soutenir les milieux éducatifs, une « p’tite demi-heure » à la fois.

Aujourd’hui, ce modèle est présent dans plusieurs régions du Québec.

Il recrute, forme et accompagne des bénévoles engagés.

Lise ne fait pas seulement aider.

Elle a structuré une réponse collective à un besoin réel.

……

Quand on regarde ces histoires…

on pourrait croire qu’elles n’ont pas grand-chose en commun.

Les contextes sont différents. Les moyens sont différents. Les parcours sont différents. Mais il y a un fil conducteur : Le choix

Le choix de contribuer.

Le choix de s’impliquer.

Le choix de prendre soin.

Et c’est là que la philanthropie prend tout son sens.

Parce que ces gestes, aussi différents soient-ils, ne restent pas isolés.

Comme je l’ai dit plus haut…

Ils s’influencent. Ils s’additionnent.

Et ils créent quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

Une force collective.

Une capacité d’agir ensemble.

Et peut-être… une autre façon de voir la société.

Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie question :

Pas seulement qu’est-ce que la philanthropie?

Mais plutôt…

Quelle place chacun de nous choisit d’y prendre ?