La philanthropie se réduit-elle à des milliardaires égoïstes?

Réaction à la chronique de Jean-François Nadeau « Mesure d’une démesure » (http://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/523028/mesure-d-une-demesure), du 19 mars 2018.

Dans sa chronique, Jean-François Nadeau aborde la problématique de l’itinérance au Québec, et critique la capacité de la philanthropie à agir sur les causes de celle-ci. Une philanthropie qu’il associe principalement aux milliardaires. Croire cela, c’est se limiter à ce qui peut constituer la pointe de l’iceberg de l’action philanthropique.

L’Institut Mallet, dont la mission vise l’avancement de la pensée et la culture philanthropique, fait valoir une vision inclusive de la philanthropie, qui ne se réduit pas à des donateurs fortunés. Dans sa perspective d’accroître la solidarité et l’engagement, l’Institut s’intéresse à un ensemble d’acteurs en interaction : les donateurs, mais aussi les fondations, les organismes à but non lucratif, les entreprises, l’État ainsi que les bénéficiaires.

La culture philanthropique ne réfère pas qu’au don d’argent, elle implique le don de temps et de biens. Si certains individus peuvent s’engager par intérêt personnel – il est possible que ce soit le cas de certaines personnes riches et célèbres, souvent très médiatisées – ce n’est pas le cas de la majorité. Le top trois des raisons de donner, selon une étude de la Fondation Rideau Hall et d’Imagine Canada, sont la compassion envers les individus dans le besoin, la croyance à la cause et le désir de contribuer à la société. Les crédits d’impôt, comme source de motivation à donner, reste encore loin derrière.

La plupart des initiatives philanthropiques visent soit à répondre aux urgences immédiates comme le fait d’assister des gens dans le besoin, soit à appuyer des projets de la société civile qui visent à agir sur les causes des problèmes. Si plusieurs fondations interviennent sur les problèmes, d’autres plus progressistes, comme la Fondation McConnell et la Fondation Ford, adoptent une approche structurante et orientent leurs actions sur les causes, dont les inégalités sociales.

Eric Weissman, Ph. D. en sciences sociales de l’Université Concordia au parcours atypique – lui qui a vécu des périodes d’itinérance au cours de sa vie – rappelle que l’itinérance est un problème social complexe qui inclut notamment les problématiques de santé mentale, d’accès au logement et de consommation de stupéfiants. Afin de mieux comprendre le problème et d’y trouver des solutions, il importe de mobiliser l’ensemble des acteurs, dont en premier lieu les bénéficiaires. À titre d’exemple, l’organisme L’Itinéraire, qui vise la réinsertion sociale de personnes itinérantes, se présente comme une façon d’impliquer les premiers concernés.

Aux côtés de l’État, de chercheurs, ou encore d’associations, le soutien de philanthropes apparaît incontournable et même souhaitable pour le développement d’une société dans laquelle tous peuvent contribuer aux solutions.

L’argent n’est pas tout et le don de soi peut être effectué de diverses manières. Le plus récent sondage de l’Institut Mallet montre d’ailleurs que la culture philanthropique s’enracine de plus en plus au Québec, une société imprégnée d’une tradition de solidarité collective, et où sont transmises des valeurs de partage et d’engagement.

Jean M. Gagné, président et chef de la direction, Institut Mallet

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