Dons et engagement: paradoxes et portraits des Québécois

Texte publié sur le site Web du Huffington Post Québec le 8 novembre 2015.


80% des Québécois manifestent l’intention de s’impliquer, mais seulement 50% d’entre eux donnent régulièrement. Comment transformer l’intention en gestes concrets ?

À titre de président de l’Institut Mallet, il s’agit du type de question qui m’intéresse particulièrement. Évidemment, les façons de s’y prendre pour faire en sorte que les Québécois s’engagent davantage dans leurs milieux ne sont pas faciles à identifier. Pour y parvenir, nous croyons qu’il est essentiel de d’abord bien comprendre la culture philanthropique. Pour ceux et celles qui ne sont pas familiers avec ce concept, je vous dirais que la culture philanthropique, c’est simplement la générosité en temps, en biens, en expertise ou en argent. C’est un ensemble de comportements et de moyens qui permettent d’améliorer la qualité de vie de l’ensemble de la société.

Pour nous aider dans notre vaste chantier de promotion de l’engagement et de la solidarité, nous avons réalisé un sondage auprès du grand public (1758 répondants) à l’hiver 2015. Les résultats du sondage sur la culture philanthropique au Québec mettent en lumière trois grands paradoxes.

1er paradoxe : Au total, 80% des Québécois reconnaissent que leur temps a une valeur pour les autres, manifestent l’intention de s’impliquer et admettent que les besoins sont plus ou moins bien comblés, pourtant, seulement 1 Québécois sur 2 s’implique régulièrement. L’avenir de la philanthropie semble se résumer à une question bien simple: comment transformer l’intention en gestes concrets ?

Cette question laisse pourtant perplexes intervenants et chercheurs du monde philanthropique depuis de nombreuses années. Selon les plus récentes données, on évalue à un milliard et demi de dollars le montant que les Québécois donnent chaque année à une multitude de fondations et d’organismes communautaires enregistrés auprès de l’Agence du revenu du Canada. À cette générosité officielle il faut ajouter un autre milliard de dollars en dons de toutes sortes, non déclarés, et au moins autant en équivalent bénévolat.

Malgré une sensibilité grandissante à la philanthropie, les Québécois donnent encore moins  que leurs concitoyens du reste du Canada: 264 $/an en moyenne, contre 531$.

2e paradoxe : Même s’ils se considèrent comme importants pour maintenir l’équilibre social et le bien-être collectif, les Québécois ne sont pas disposés à contribuer davantage financièrement et hésitent à s’impliquer.

À cet égard, 1 Québécois sur trois considère que les impôts devraient suffire pour couvrir l’ensemble des besoins sociaux. Si les impôts s’avéraient insuffisants, les Québécois privilégieraient les sources de financement suivantes : la rationalisation des dépenses de l’État (37%), les entreprises (31 %), l’exploitation du plein potentiel des ressources naturelles (14%) et les services payants (9%). Un maigre 3% est d’avis que les individus devraient contribuer davantage.

3e paradoxe : De façon générale, on constate que donner du temps amène à donner de l’argent et des biens. L’inverse est aussi vrai : les gens qui donnent argent et biens sont également ceux qui font le plus de bénévolat.

Ce dernier paradoxe est fondamentalement positif et encourageant. Il nous démontre que l’expérience philanthropique est contagieuse : plus les gens s’impliquent, plus ils donnent; plus ils donnent, plus ils s’impliquent. Pour accroître l’implication sociale, il suffit de donner l’opportunité aux gens de vivre une première expérience d’engagement enrichissante.

Pour réfléchir avec nous à ces trois paradoxes, pour imaginer des solutions innovantes et identifier des pistes d’avenir, nous organisons les 10 et 11 novembre un deuxième Sommet sur la culture philanthropique (www.institutmallet.org/sommet).

Jean M. Gagné
Président



PORTRAIT DE L’IMPLICATION :

  • Les femmes font plus d’heures de bénévolat tandis que les hommes donnent des montants d’argent plus élevés.
  • L’engagement philanthropique croît avec l’âge : 40% de la génération X, 48% des Y et 59% des baby-boomers sont impliqués socialement.
  • Les francophones soutiennent davantage des causes locales tandis que les anglophones sont plus orientés vers les organismes nationaux et internationaux.
  • L’engagement philanthropique croît avec les croyances religieuses : 49% des croyants pratiquants donnent du temps contre 17% pour les non-croyants.
  • Le parcours de vie a une influence déterminante sur l’implication sociale. Les gens qui ont eu recours à de l’aide, ont vécu un événement marquant ou qui apprécient leur vie s’engagement plus que la moyenne.